La fête de l'Huma (Il y a 50 ans)

Publié le par chervalin

La fête de l'Huma (Il y a 50 ans)

La fête de l'huma

C'était ce weekend et du coup quelques souvenirs me sont reviendus.

En fin de compte, je n'y suis allé que deux ou trois fois. Il n'y a qu'à deux reprises que mes souvenirs s'offrent un bol d'air vers la surface.

La dernière fois c'était il y a plus de 50 ans.

Bien sûr il y a la photo où nous sommes à table à attendre notre platée de moules frites avec Colette, Daniel, Michel.

Je ne garde pas une bonne image de cette journée car je devais avoir une grosse dizaine d'années et évidemment cela ne me passionnait guère toutes ces cabanes de foire, ces ribambelles de stands, ces manèges où on ne faisait que passer devant, sauf quelques uns.(mais on n'oublie vite que l'on sort d'un manège lorsque l'on voit un autre plus grand se profiler au bout de l'allée Marcel Cachin ou de celle du colonel Fabien ou peut être celle de Daniel Casanova.)

Bref on vendait des billets d'entrée pour la fête dès le mois de juin avec papy lors des tournées de vente d'Huma-Dimanche mais en fait, je n'y suis plus allé.

Sauf une fois dont je parlerais plus loin mais ce n'étais pas dans les mêmes conditions..

Pour ceux qui ne connaissent pas, la fête de l'Huma est un grand kaléidoscope.

Imagine un camping immense avec quelques rues principales et des allées si nombreuses portant des noms de leaders ou de membres du PC célèbres (il devait bien y avoir la rue Gagarine ou celle de Yachine, celle de Maurice Thorez et celle de Gaston Plissonnier coupant celle de Marcel Paul).

Un camping où les tentes seraient des boutiques ou des stands de foire avec de temps à autre une grande place sur laquelle se tiennent des manèges. Une ville de cabanes multicolores aux rues surchargées de monde et aux innombrables attractions.

Elles sont de plusieurs ordres. En premier viennent les restaurants vantant la cuisine de toutes les régions de France et du monde. Si tu ne te poses pas à une table pour le repas, il y avait des tas de trucs à emporter, des sandwichs, (les Kébabs n’existaient pas encore, ni les Mac Do. Surtout pas les Mac do, malheureux de la terre, pas ici!!) les glmaces, barbes à papa et autres gourmandises collantes comme les immenses sucettes que tu ne peux pas sucer sans tirer la langue aux gens, ni mettre dans ta bouche. (Y en a qu'on essayé, mais cela leur donne une gueule de poisson plat.)

Et puis, tu as les boutiques de vente de produits sur le même genre (de partout, plus besoin d'aller en vacances.) des crêpes, des pizzas, des moules, du cassoulet, de la choucroute, de la bouillabaisse, je m'arrête là ...de partout te dis-je ! A propos de pizzas, à l'époque il n'y en avait pas trente six sortes ! C'était la pizza classique, tomates, oignons, anchois, olives noires, origan et basta!

Des stands de cellules du PC de plus au moins d'importance selon qu'il s'agit d'une grosse entreprise (Renault, Snecma, Michelin) , d'une ville, d'une fédération, d'une région, d'une corporation, d'un pays étranger. Ceux là te vendent aussi des coups à boire, des breloques, distribuent des tracts pour continuer la grève avec eux, vendent des enveloppes de loterie distribuées par de jeunes filles (qui je pense devaient être accortes et aguichantes). Si tu étais accroché et que tu cédais, tu te retrouvais devant le stand avec une roue à tourner et hop tu étais face à un militant acharné qui te convainc mordicus qu'il faut se battre camarade pour mettre en l'air ce foutu grand capital.

Des boutiques encore mais d'exposition sur les malheurs de ce petit pays qu'est le Vietnam où les Yankees massacrent à coup de napalm et qu'il faut aller voir l'expo des photos de ces horreurs. C'est gratuit. Entre camarade, on te prends par la main pour t'inviter à discuter et à signer une pétition.

Il y a aussi la Croix Rouge, des panneaux t'indiquant les toilettes puantes, des poubelles dégorgeantes de victuailles pas trop mangées, des papiers partout sur le sol car presque tous distribuent des tracts, des promos, des journaux locaux, des tickets de tombolas perdant.

Après tu as les stands forains. Souvent placés sur les diverses places ou en bout de rues pour le tir et autres jeux d'adresse. Il y en a un sacré paquet. Presque deux ou trois fois la fête de Nanterre. Évidemment tu peux pas les faire tous. Je me rappelle que c'était pénible car ma mère me tenait par la main à cause du monde et pas question que je réclame car je venais d'en faire déjà deux ou trois et il n'y avait plus de sous pour cela. (Et je devais tirer et faire ma mauvaise tête car à cet âge là, tu comprends bien on veut voir plein de choses certes, mais on veut aussi être libre d'aller où on veut dans ce vaste camping.

-Tu iras quand tu seras sage

-Mais je suis sage, c'est toi qui angoisse de devoir me chercher si je m'échappe.

(Et c'est vrai je voulais m'échapper.)

Et puis tu as des concerts. (Maintenant il parait qu'il y a un paquet de scènes partout.) A mon époque, il y avait la grande scène où se tenaient le meeting politique et où chantaient les grandes vedettes (Marcel Amont, Richard Anthony, Isabelle Aubret) et une ou deux scènes modestes où des groupes de jeunes s'essayaient au rock ou au twist.

Au détour des rues ou des allées, il y avait des grandes tentes. Là c'était sérieux ce sont les lieux culturels où on débat.

Le mot d'ordre c'est débattre. (Il faut d'ailleurs débattre le fer quand il est chaud)

Si tu rentres dans la tente, c'est pour écouter des gens parler des misères de ce monde, de l'exploitation de l'homme par le grand capital, des mensonges des puissants, de la vie quotidienne en RDA ou en Pologne, de la faim dans le monde, tout un tas de trucs plombant pour te rappeler que la Fête de l'Huma c'est aussi la réflexion et surtout le débat d'idées.

Là, tu croiseras le militant qui pense comme toi, car tout le monde semble d'accord dans ces débats, Les gars de droite, s'ils viennent ce n'est pas pour débattre, (trop peur de se faire lyncher) mais pour voir et étudier le Coco dans son milieu. C'est plus par curiosité ethnologique que l'opposition s'aventure dans les contrées exotiques. Bref débattons et oyons ce qui se raconte comme histoire drole ! Voilà, il faut que cela cesse et qu'il n'y a qu'avec la volonté populaire, la force du groupe uni solidaire, unanime et sachant débattre avec le chef en écoutant bien ce qu'il a dire.


Ces lieux sont comme coupés de la fête, il y a un animateur avec un micro des gens assis, des invités étrangers et leurs traducteurs venus transmettre leur message de paix, un calme, parfois il y a un film. Il n'y a que des gens sérieux qui ne vont certainement pas sur les manèges.

Le tout est ponctué d'un petit concert des Quilapayun qui interprètent le Canto Général.

Il est temps de partir. Et affronter la foule.

Et puis il y a le meeting politique. La messe des Cocos. Les Gaullistes et les tenants du grand capital vont à la messe, les Cocos vont au meeting. Tous écoutent la bonne parole. L'une venant de Dieu, l'autre venant de Moscou.

Pendant 3 heures, des gens, assis par terre vont écouter dans l'ordre, les allocutions de Benoit Frachon, Georges Séguy-Liguili, Un petit gros nommé Jacques Duclos, futur candidat à la présidence de la République, Roland Leroy, le boss de l'humanité, et puis l'invité d'honneur, un étranger vietnamien qui cause bien français, un autre bien bridé qui vient présenter un groupe folklorique, le groupe folklorique qui fait des choses au loin sur la scène, encore un vietnamien qui vient dire des choses gentilles à l'organisation (que c'est bien sympa, que la famille d'accueil est bien aimable mais qu'ils n'aiment pas le cassoulet- rires de la foule- ) (ce pays est à l'honneur cette année), et puis tant attendu, le porteur de la parole divine qui clôturera la grande messe, Georges Marchais, le grand secrétaire adjoint du PC.

(Hé oui, il n'est qu'adjoint! On a pas les moyens de se payer le vrai chef au PC. Pas de Président, pas de Directeur Général, juste un petit secrétaire adjoint. La honte!)

Tout ces braves gens disent à peu près tous la même chose (grand capital, banques, exploitation, conditions de travail, congés payés, logements, vie meilleure plus tard, luttes, sportifs de la RDA et tout le tralala) et la foule en délire, mais fatiguée et sage, je n'ose dire endormie (si j'ose!) d'applaudir nonchalamment lorsque le ton monte à la fin d'une phrase.

En fait les gens se reposent car on marche pas mal à la fête de l'huma. Il est 15h, on a un peu trop forcé sur le pinot et les crevettes ne devaient pas être toutes fraîches, ou alors c'est les frites.

-Je te l'avais dis Marcel qu'elles étaient trop grasses, ils ne savent pas les faire dans le stand du Béarn, il fallait les prendre dans celui du Pas de Calais. Ils savent mieux!

-Mais non c'est les merguez du stand que tient Le gros Lulu de la cellule Vaillant Couturier de Montreuil. Pas assez cuites.

Bref les gens se posent un moment. Ils ne voient rien, situés à plus de cent mètres de la scène, ce n'était pas encore la mode des écrans géants mais ils écoutent obligatoirement car il y a des hauts parleurs partout dans le camping et tout le monde est obligé d'écouter la propagande et les belles promesses d'un jour meilleur à condition qu'on vote bien.

Pendant trois heures, on a arrêté la musique à la fête de l'huma, celle avec le gugusse qui fait le tour de la fête avec son micro pour vanter les mérites de tous les stands en donnant la parole qui à Josiane qui nous vient du Berry, à Simone qui est elle de Sartrouville, à Léon qui n'arrive pas à parler car il a la bouche pleine de nougats mais qui est Breton d'origine et qui a le record de cartes du PC vendues du stand de Saint Symphorien en Michaille avec quatre nouveaux adhérents un grand bravo à Léon.

Et puis j'y suis retourné à la Fête de l'huma.

La seconde fois c'était avec mon pote Yves où nous avions été dépêché par son père, toute la semaine avant la fête pour aider à monter les stands .

On y est allé en camionnette. J'avais bien aimé. Nous devions avoir une quinzaine d'années et à cette époque l'école ne commençait qu'à la mi septembre. Cela devait être à la Courneuve mais pourtant je me rappelle qu'on passait par le périphérique, alors je ne sais plus trop si c'était ailleurs. C'était rigolo de participer à ce montage et de voir toute l'organisation.

Des voitures, des camionnettes, des camions partout chargées de cabanes pré fabriquées, de fils électriques, de poteaux, de planches, de décorations. Je ne me rappelle pas ce qu'on a fabriqué, si ce n'est d'aller chercher des outils à d'autres stands que la cellule de Nanterre ou des Hauts de Seine ou de l'Eveil ou encore de je ne sais quelle Fédé. On grimpait sur les cahutes clouer ou attacher des trucs. Il n'y avait que des vieux et des gamins sveltes et sportifs, c'était le bonheur.

Du coup on traversait l'immense chantier de long en large tout en s'arrêtant devant le montage des scènes de concert.

C'était l'usine. (comme quoi...)

Le comble est que cette année je ne suis pas allé à la fête. Je ne sais plus pourquoi! J'y avais bossé et cela m'avait bien plu.

Publié dans chroniques

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