La limonade

Publié le par chervalin

La limonade

Il avait quoi ? 6 ou 7 ans.

Tout boutonneux d'une varicelle agaçante.

Coincé dans les alpages, où sa mère avait décroché un job d'été.

Du coup, dans ce refuge, il se trouvait bien seul comme gamin.

Jouant avec le chien, ramassant les myrtilles, guettant les promeneurs

Il attendait l' embellie.

Dans ce cadre portant merveilleux, ce petit commençait sérieusement à trouver l'idée amère.

L'embellie arrivait chaque midi.

Des promeneurs s'arrêtait au refuge pour une pause ou pour une collation.

Bien souvent parmi eux il y avait des enfants car la ballade était facile jusque là.

Alors il s'approchait de la table de chaque famille où s'installait un ou une enfant de son âge et lui proposait de jouer un moment.

Discuter aussi pour passer le temps, pour une rencontre.

Alors il y a eu ces deux petites filles avec leurs parents qui l'invitèrent à leur table.

Il les emmenèrent vers le lac attraper des têtards.

Les rires, les cris, les cavalcades puis les roulades lui ont fait passer une bonne grosse demi-heure.

Et puis il y avait les têtards.

Trop bien !

Les parents semblaient contents et détendus à la fois pour leur fille, pour leur temps de pause personnel et pour ce petit garçon qui devait bien être heureux de vivre là. Mais quand même... Un peu seul.

Et puis la famille est repartie.

Le petit garçon boutonneux les accompagna encore un moment sur le sentier. Il revînt le cœur lourd, mais empli d'espoir d'aborder une nouvelle embellie.

Elle était là qui l'attendait.

Une autre petite fille avec ses grands-parents.

Il tourna autour avec une petite boîte dans laquelle nageaient quelques têtards.

Après quelques tours de ce manège, la petite fille l'aborda enfin, osant se pencher pour regarder.

Mais c'était sans compter sur sa grand-mère qui horrifiée, lui interdit de toucher ça !

Elle montra son agacement et repoussa l'enfant visiblement crotté et sans doute contagieux.

Notre petit boutonneux eut encore le cœur gros.

Pas pour les mêmes raisons.

Il venait de découvrir la différence des liens d'attachement.

Celui des parents qui laissent leurs enfants se détendre, s'ouvrir aux autres, s'amuser et qui leur laisse en passant, un bout de tranquillité.

Et celui des grands parents, possessifs, qui acceptent mal que leur petite chérie s'attache à autre chose que ce qu'ils lui offrent.

Une limonade près d'un lac de montagne.

Mais surtout eux, leur attention et leur amour infini.

Leurs yeux rivés, sur le moindre de ses mouvements,

Les oreilles bloquées sur sa moindre parole,

Les mains attachées à ses moindres gestes,

Le petit boutonneux pouvait et voulait certainement leur enlever leur trésor.

D'ailleurs, c'est un peu de sa faute si la limonade a été renversée.

Elle le regardait tournicoter autour d'eux.

Cela l'a déconcentré et son verre

Au prix où ça coûte ici !

Il devait l'avoir fait exprès !

C'est pourtant lui qui est allé gentiment chercher une autre limonade au bar.

Il a eu droit à un merci gêné.

Mais pas à l'accès à la petite fille.

Qui n'avait plus soif. Elle voulait repartir tout de suite.

Les grands parents étaient bien sur d'accord.

Il les regarda partir, en sirotant la limonade.

Il faudra attendre une autre embellie.

Publié dans chroniques

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