balade en footbalie

Publié le par chervalin

balade en footbalie

Ballade en footbalie

Il y avait sans doute longtemps qu'elle attendait.

Certains auraient dit un siècle.

Elle avait été patiente, comme une lionne.

Et puis un jour ils ont ouvert leur terrain.

Elle pouvait y entrer.

Je ne saurais dire si elle était blonde ou brune

Pourquoi pas rousse ?

Le soleil jouait à miroiter sa chevelure.

Personne ne savait précisément d'où elle venait

Où était sa maison.

Allez savoir ce qu'elle cherchait dans ce monde machiste

Sur ce terrain de football où se forgent les âmes viriles.

Ce qu'elle aurait aimé entendre des autres joueurs ce jour là.

C'est qu'elle était belle et qu'elle jouait bien.

Pas l'un ou l'autre. Les deux.

À la fois, féline, gracieuse, féminine

Et guerrière, technicienne ou décisive.

Elle disait qu'elle voulait apprendre d'eux.

Et refaire avec le ballon et son corps, ces arabesques si belles

Dessiner des paraboles où le ballon grave le ciel

Et vient caresser les filets

En immortalisant pour tous ou un seul,

Le but de la victoire.

Celui-là, pas un autre.

Quand elle posa ses pieds sur le terrain, elle semblait voleter

Comme les libellules, on aurait dit qu'elle dansait.

Quand elle toucha le ballon, les garçons s'immobilisèrent.

Qu'allait-elle en faire?

Et puis il y eut ce vent, qui semblait si pur et qui les paralysait.

Parmi elle, ils étaient comme ralentis.

Ce ne pouvait être que le vent qui la pousse ainsi

Elle ne fait pas cela toute seule ?

Ou alors c'était cette flamme dans son regard.

Ou peut-être ce petit battement de cils.

Ou encore cette grâce dans le mouvement de passement de jambes.

Elle jonglait comme aucun d'eux n'aurait su le faire

Dans le soudain de l'action, elle jaillit balle au pied,

Et virevolta parmi leur défense.

Et puis elle offrit ce cadeau,

Une passe décisive, à celui qui la toisait le plus.

Elle lui disait qu'elle voulait apprendre,

Mais c'était elle qui savait.

Elle approchait ainsi, les plus beaux signaux du jeu.

Celui de l'offrande de la passe et celui de la joie collective.

Et leur apprenait l'unité de l'équipe dans la diversité des genres.

Elle leur disait l'altérité et la différence.

Que le football pouvait se jouer aussi ailleurs

Dans les cours des filles et dans les vestiaires féminins.

Elle leur disait que toute la vie, il fallait apprendre de la richesse de l'autre

Et lui restituer sa dignité en lui donnant un peu de soi et d'humilité.

Ou un peu de temps de jeu.

Ou un peu d'intérêt des médias.

On lui répondit que se sera très long.

On ne parla même pas d'argent.

C'était il y a longtemps.

Avant que les filles, pugnaces, têtues, volontaires mais toujours aussi jolies,

Décident quand-même de faire une équipe.

Avec un jeu différent.

Un jeu où se mêlent la fluidité, la grâce, l'élégance, la technique

Et le bonheur de jouer.

Comme si elles égayaient de leurs sourires

Le football brute, triste et Classieux des mecs

Comme si la pelouse redécouvrait l'existence de fleurs

Comme si elles chantaient un refrain nouveau

Avec des notes inconnues

Celui du football féminin.

Ce chant que les garçons commencent à entendre...

Le chant d'amour de la footbalie.

Chervalin

Publié dans chroniques

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